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Un dîner presque imparfait

© DR - Photo souvenir d'Irene au Sénégal
Dans une culture de l’hospitalité occidentale presque compétitive, recevoir peut parfois devenir une source de stress intense. Et si la clé résidait dans la simplicité du cœur?

J’ai vécu au Sénégal durant les premières années de mon mariage, dès l’âge de 23 ans. Peu après mon arrivée, mon mari a proposé d’inviter quelques amis pour partager un repas. Mais le défi me paraissait presque insurmontable…

Vers une culture moins matérialiste

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En effet, j’avais en tête une idée européenne de l’hospitalité: il fallait préparer un apéritif, un plat principal et un dessert, acheter des boissons avec et sans alcool, prévoir la décoration de la table, sortir la belle vaisselle, ranger et nettoyer la maison, etc. Or, tout ce que j’avais à offrir était un petit appartement bruyant, une table de camping, des chaises en plastique et de la vaisselle… disons rudimentaire. Avec mon peu d’expérience en cuisine, le simple fait d’aller faire les courses au marché local était une tâche ardue, d’autant plus qu’il me manquait les assaisonnements tout prêts dont j’avais l’habitude dans ma Suisse natale.

Mes inquiétudes se bousculaient: «Que vais-je préparer pour les recevoir?», «Que penseront-ils de notre logement et de nos conditions de vie?» Lorsque j’ai partagé mes soucis avec mon mari, il m’a aidée à changer de perspective et j’ai commencé à comprendre le concept sénégalais de la teranga, terme en langue wolof qui signifie «hospitalité». Dans ce contexte culturel, les aspects de l’accueil «à l’européenne» ne sont qu’une partie mineure de l’hospitalité. Il s’agit bien plus de recevoir la personne avec respect, de l’honorer en partageant ce qu’on a de mieux (même si ce n’est qu’un verre d’eau!) et de lui donner de l’attention. J’ai découvert que donner le meilleur de ce que nous avons tout en restant nous-mêmes est suffisant.

«Accueillir avec simplicité plutôt que viser la perfection»

C’est à partir de ce moment que j’ai trouvé le courage de recevoir d’autres personnes. J’ai compris que Dieu se réjouissait de mon humilité quand je partageais avec amour ce que nos conditions de vie nous permettaient d’obtenir. Dans un premier temps, nous avons donc exercé l’hospitalité en offrant de la baguette achetée au coin de la rue, garnie de chocoleca (pâte à tartiner composée de beurre d’arachide et de cacao), de l’eau filtrée (et donc potable) et du café en poudre. En toute simplicité, nous avons passé de nombreux moments à rire, à partager, à jouer, à prier et à chanter avec nos invités. Ces moments d’accueil et d’amitié resteront pour nous des trésors inoubliables.

Ces leçons de vie apprises à Dakar m’ont accompagnée encore bien après mon retour en Suisse. C’est toujours un cadeau de voir que les personnes que nous accueillons oublient l’heure autour de conversations intéressantes et partent de chez nous renouvelées par des paroles d’encouragement. Ma famille et moi avons choisi d’accueillir des invités chez nous avec simplicité et avec joie plutôt qu’en visant la perfection.

Une femme vient de sortir de sa voiture. Elle est au téléphone d'une main et porte son bébé sur le bras.

«Fais plaisir et tais-toi!»

«Dépêche-toi, sois forte, fais plaisir!» Tout autant de messages contraignants (ce qu'on appelle les «drivers») auxquels nous nous astreignons sans le savoir. Clés pour casser le cercle vicieux.

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