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Pour une compréhension saine de la compassion

Deux femmes discutent autour d'un café
© Istock
Le risque, en voulant sauver quelqu’un qui se noie, est de couler avec lui. Rachel Dufour, pasteure et psychologue, explique les limites de l’empathie et de la compassion pour développer son intelligence émotionnelle.
Rébecca Ebersold

«Jésus pleura» (Jn. 11, 35) est le verset le plus court de la Bible. Devant la tombe de Lazare, Jésus s’apprête à ramener son ami à la vie et pourtant, il prend le temps d’exprimer sa peine avec les proches du défunt. «Il démontre ses émotions pour accueillir les émotions des autres», d’après la pasteure et psychologue Rachel Dufour. Selon elle, l’intelligence interpersonnelle dont Dieu nous dote nous oriente vers l’empathie. Ainsi, chacun part dans la vie avec un certain «capital de sensibilité aux autres» à développer.

Un monde en perte de repères émotionnels

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«Une des grandes faiblesses de notre ère moderne est la perte de l’enseignement de la gestion de nos émotions. Pour avoir de l’intelligence autant sociale qu’émotionnelle, il faut commencer par comprendre ce qui se passe en nous.» C’est seulement après avoir compris comment nous fonctionnons avec nos émotions que nous pouvons répondre à celles des autres. Afin de comprendre ces émotions et de les exprimer de façon saine, il s’agit d’abord de les identifier. En tant que chrétiennes, nous pouvons demander à Dieu de nous aider à verbaliser ce que nous n’arrivons pas à exprimer. Carnet et stylo peuvent être utiles dans des moments de prière pour noter, même en vrac, ce qui semble nous bloquer.

Distinguer empathie et compassion

«Empathie et compassion ne sont pas synonymes», affirme également la psychologue. «Alors que la compassion signifie “souffrir avec”, l’empathie est la faculté à comprendre les émotions de l’autre.» Elle met en garde: si nous glissons dans la compassion à outrance, «le risque est de ressentir trop violemment les émotions d’une personne». C’est ici que l’empathie permet d’accueillir l’émotion sans qu’elle nous affecte. Et si nous ne sommes pas toutes capables de comprendre la douleur des autres, nous pouvons toutefois écouter et montrer que nous portons du crédit à ce que ressent notre interlocuteur.

Concrètement, s’éloigner physiquement de quelqu’un dont la souffrance nous met nous-même en détresse (et rester en contact par SMS ou courrier, par exemple) aiderait à garder un équilibre relationnel. Pour Rachel Dufour, il est important de prier pour confier les fardeaux de notre interlocuteur à Dieu afin de ne pas les porter nous-même. «Quand je suis dans l’empathie, je fais face à des émotions intenses en priant pour la personne, mais pas en souffrant avec elle.» Elle conclut en encourageant à ne pas céder au «syndrome du Sauveur»: «Les traumatismes, entre autres, ne sont pas traités par l’empathie mais par un suivi thérapeutique. “Quand on ne sait pas faire, on réfère”.»

Une femme vient de sortir de sa voiture. Elle est au téléphone d'une main et porte son bébé sur le bras.

«Fais plaisir et tais-toi!»

«Dépêche-toi, sois forte, fais plaisir!» Tout autant de messages contraignants (ce qu'on appelle les «drivers») auxquels nous nous astreignons sans le savoir. Clés pour casser le cercle vicieux.

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