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Le don de soi: jusqu’où?

Jusqu’où le don de soi est-il raisonnable? Réponses de Agnès Laucher, psychologue, auteure et membre de l’Association des conseillers chrétiens (ACC), et d’Anne-Laure Guenat, psychothérapeute.

En quoi consiste le véritable don de soi?

Agnès Laucher: La nature même d’un don, c’est qu’il n’est censé être accompagné d’aucune contrepartie, explicite ou implicite, directe ou indirecte. C’est un acte de générosité qui ne réclame aucun bénéfice en retour. Ce genre de don de soi génère un sentiment de bonheur qui nourrit en profondeur. Les mêmes zones du cerveau sont stimulées que celles associées au plaisir.

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Anne-Laure Guenat: C’est la capacité de donner librement, sans contrainte, ni interne ni externe. Autrement dit, c’est lorsque l’on a la possibilité de dire «non» à une demande et que l’on choisit en peine conscience de dire «oui», sans aucune attente de retour.

Comment savoir si le don de soi se fait sous contrainte?

AL: Lorsqu’on entend des plaintes de tellement « donner » sans rien recevoir en retour. Lorsqu’on a cette sensation d’avoir été « abusée », que l’amie s’exprime ainsi: « Tu dois m’aider, m’écrire, passer du temps avec moi. »

ALG: Il y a des contraintes internes quand on ne peut pas s’autoriser à dire «non» car on est dans la peur de ne plus être aimé ou de perdre le lien si l’on refuse. Et il y a des contraintes externes quand c’est l’autre qui exige qu’on se mette à son service et qu’on réponde à ses demandes. On sait qu’il y contrainte quand il a tension ou malaise chez soi.

Trop donner ne signifie pas nécessairement être généreux…

AL: Donner de façon démesurée constitue souvent chez ces femmes une façon d’être aimée ou reconnue. On retrouve souvent chez elles un manque d’estime de soi et de confiance en soi. Leur valeur s’ancre dans le «  don de soi  » au point de s’oublier et de ne pas prendre soin d’elles. Elles n’ont pas su développer de saines limites (physiques, mentales, émotionnelles, spirituelles) au sein de leur famille, amitiés ou sphère professionnelle.

ALG: S’il y a sacrifice, c’est qu’on se sent contrainte de le faire, mais non parce que les autres nous y obligent forcément. Culturellement, donner renvoie à la générosité, au bon caractère, à l’altruisme ou à la gentillesse. Beaucoup de qualificatifs positifs ont trait au don de soi. Il est parfois compliqué et peu valorisé d’oser refuser de donner. En général ce sont les pénibles qui disent «non».

Comment vivre de justes relations lorsqu’on donne?

AL: Avant d’accorder mon engagement, je me pose cinq questions: 1. M’a-t-on demandé quelque chose? 2. La demande relève-t-elle de mes compétences? 3. Est-ce le bon moment? 4. Est-ce conforme à mes valeurs? 5. En ai-je vraiment envie? Une réponse négative à l’une d’elles devrait me conduire à refuser ou à reporter la demande sans culpabiliser.

ALG: Pour vivre une relation saine, chacun doit assumer sa juste part de responsabilité. Ni plus, ni moins. Je propose de se poser trois questions: Est-ce que les formes étaient correctes? Avec quelle intention ai-je parlé et agi? Suis-je sincère dans ce que je fais et ce que je dis? Si l’on peut répondre «oui» à chacune de ces questions, alors on n’a pas à prendre en charge le comportement d’autrui. L’autre est responsable de la façon dont il/elle réagit.

Plus on dit « oui », moins notre « oui » a de valeur. 

Peut-on éviter de se charger de culpabilité ou de remords?

AL: Il est très important de déterminer clairement où s’arrête ma responsabilité et où commence celle d’autrui. Les limites font partie intégrante de toute relation que Dieu a créée. Elles délimitent les deux parties qui s’aiment mutuellement.

ALG: A partir du moment où je me sens coupable, je suis dans une relation malsaine et dans la dépendance à l’autre. J’évalue la liberté du don de soi à la liberté de dire «oui» ou «non», indépendamment des attentes de l’autre. Plus on dit «oui», moins notre «oui» a de valeur. Or dire «non» est valorisant. On est libre quand on a la capacité de dire «non». Et de dire «oui» pleinement, sans peur ni contrainte.

Par Christelle Bankolé et Rachel Gamper

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