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Infertilité: le difficile regard de l’Eglise

Après un an de tentatives infructueuses pour avoir un enfant, Paul et Sophie, trentenaires, décident d’avoir recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Décryptage d’un chemin de croix long de cinq ans, jalonné de maladresses et d’incompréhension.
Sandrine Chansel

«On était naïfs, on ne s’inquiétait pas trop», commente Sophie. Cette enseignante en sciences médico-sociales, originaire de la région toulousaine, et son mari, pasteur originaire de Bretagne, racontent: «Au bout d’un an d’essai, il n’y avait pas de quoi s’alarmer. Mais s’il y avait un problème, on voulait le savoir et le régler.» Après la consultation d’un gynécologue spécialisé dans la PMA, suivie d’un an et demi de tests et la prise de médicaments, Sophie apprend qu’elle souffre d’un SOPK (syndrome des ovaires polykystiques), une maladie hormonale qui touche une femme sur dix en âge de procréer.

Avoir des enfants: entre pression sociale et idolâtrie

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Sophie lève le voile, avec franchise, sur une souffrance non isolée, mais trop souvent tue: «Ne pas avoir d’enfants, c’est un vrai handicap social pour un couple. Les gens nous disaient: “Vous ne voulez pas d’enfants?” alors qu’on galérait et qu’on souffrait. Tous nos amis ont des enfants. Les gens ne veulent pas forcément venir chez vous car leurs enfants vont s’ennuyer. Les femmes ne parlent que de leurs enfants et, à nos âges, tout le monde se rencontre à la sortie de l’école!»

La question éthique: entre tradition idéologique et conviction biblique

Après une tentative d’insémination artificielle infructueuse, le couple se tourne vers l’option de PMA la plus efficace: la fécondation in vitro (FIV). «On l’a démarrée deux ans après mon diagnostic. A la base, on était plutôt contre! On a toujours entendu dans nos Eglises que ce n’était pas éthique, qu’il ne fallait pas “se prendre pour Dieu”.
Pour nous, il y a une méconnaissance du sujet dans nos milieux. On reste parfois enfermé dans ces stéréotypes au risque de ne pas se poser de questions et de répéter juste ce que les autres disent», observe Sophie. Leur positionnement de chrétiens a très bien été compris par le médecin biologiste responsable du centre de PMA. «On a voulu se décider par réelle conviction personnelle, biblique et théologique. La question éthique la plus difficile était celle des embryons surnuméraires, qui sont pour nous des vies.» Paul et Sophie décident alors que si l’un d’eux venait à décéder, les embryons seraient donnés en adoption. Et dans le cas d’une FIV réussie, Sophie se ferait réimplanter tous les embryons restants, faisant le choix d’assumer les enfants qui en seraient éventuellement issus.

«On a appris à mieux se découvrir dans la souffrance»

Paul et Sophie dénoncent ce qu’ils appellent «l’évangile du bien-être», qui omet la possibilité de la souffrance chez les chrétiens. «Elle est taboue, on la tait», dit Paul. «C’est comme la souffrance dans le célibat ou certaines maladies, surtout mentales ou psychiques. Il y a une forme de honte, on a peur de lui faire de la place. Elle peut même faire fuir les plus proches». Pourtant, ce que dit le couple de leur épreuve traversée ensemble est bouleversant de force: «Elle n’a pas mis en danger notre union, ce fut même l’inverse», dit Paul. «On a fait presque tous les rendez-vous ensemble. Tout au long du parcours ultra médicalisé, des deuils qu’on a dû faire, on a appris à se découvrir dans la souffrance, à mieux se connaître l’un et l’autre. On a appris à laisser l’autre réagir à sa manière». La souffrance masculine, souvent moins exprimée, est tout aussi réelle.

En parallèle du parcours de PMA, le couple avait lancé une demande d’adoption qui a abouti cette année. Après trois ans de procédures, ils ont accueilli un petit garçon âgé de trois mois, né sous le secret (anciennement né sous X). Sophie a aussi appris qu’elle était enceinte: il s’agit du tout dernier embryon de leur dernière tentative de FIV.

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Conseils de Sophie et Paul pour les couples qui traversent les mêmes difficultés:
«Entourez-vous d’amis croyants, qui prendront le temps de vous écouter sans vous donner de conseils ou de leçons. Dieu est présent, il nous aime et ça ne change pas, même si on n’a plus de forces. On sait qu’il est là et ça aide à ne pas questionner notre foi. C’est une grâce. Et si l’on peut prier pour avoir la grâce d’avoir des enfants, on peut aussi prier pour avoir la grâce de la persévérance!»


Conseils de Sophie et Paul pour leurs amis:
«L’écoute empathique et silencieuse est puissante. Cette écoute-là, active et non jugeante, a le mérite de ne jamais être en décalage ni maladroite. Elle est présente, et donne à un couple en souffrance ce qu’il attend désespérément: la validation de ses émotions et de la douleur qu’il traverse.»

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