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Accueillons les enfants autistes à l’Eglise

Dans le dernier numéro, nous avons rencontré Catherine Moreau, Présidente d’une association de parents dédiée aux troubles du spectre de l’autisme. Dans ce deuxième volet, réfléchissons à la place que l’on accorde aux personnes autistes et à leurs familles dans nos Eglises.
Rachel Gamper

«Mon enfant est autiste» Article de SpirituElles 3-2020

Et si l’on s’interrogeait sur les façons d’accueillir les femmes brunes à l’Eglise? Question saugrenue, direz-vous. Et pourtant, s’agissant de l’accueil des personnes autistes, la problématique serait quasiment identique car ceux-ci présentent autant de variantes (personnalité, comportement, etc.) que les brunes. Autrement dit, « lorsqu’on rencontre UNE personne autiste, on en découvre UNE seule ».

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Les Troubles du Spectre Autistique (TSA) seraient aujourd’hui en augmentation. Selon l’Inserm (Institut national de santé et de recherche médicale) en France, ils concerneraient une naissance sur cent. D’après l’association Autisme Suisse romande, « depuis dix ans, on compte 12% d’augmentation des diagnostics de TSA chaque année ». Quelles qu’en soient les causes, admettons que dans nos écoles du dimanche, on en rencontrera de plus en plus. Comment les accueillir?

Reconnaître les besoins

A des degrés divers, les personnes autistes peuvent se sentir agressées par les odeurs et parfums, les fréquences de la sono, etc. qu’on trouve dans une Eglise « lambda ». Catherine Moreau s’en souvient: « Pendant de nombreuses années, je ne pouvais pas assister à plus de quinze minutes de culte. » Elle devait donc sortir avec son fils, aujourd’hui âgé de 19 ans, pour ne revenir qu’à l’issue de la rencontre.

Dans le droit fil de cette expérience, Grant Macaskill, théologien et auteur de Autism and the Church (L’autisme et l’Eglise, éd. Baylor University Press) précise que « par sa nature même, une Eglise invite aux interactions humaines. Pour ceux qui les supportent difficilement, l’expérience du culte peut s’avérer épuisante. »

Accepter le don fait à l’Eglise

Curieusement, à l’inverse des Eglises qui ignorent les contraintes liées à l’autisme, d’autres « considèrent les TSA comme un problème à régler ». En d’autres termes, on trouve indispensable que les personnes autistes adoptent des fonctionnements jugés «normaux».

Mais pour le théologien, cette perspective ne tient pas compte du fait que « chaque personne, y compris celle atteinte de TSA, est en fait un don offert au corps de Christ dont elle fait partie à égalité avec les autres membres » (1 Cor. 12, 18-24). Il préconise donc de rejeter les critères de réussite selon les standards de notre société actuelle (santé, vie professionnelle, communication, etc.) pour pleinement accepter ces personnes et leurs « particularités ».

Aborder les besoins spirituels

Un autre écueil à éviter, toujours selon Grant Macaskill, consiste à adopter une approche « sentimentale » des personnes autistes. « En cherchant à mieux les accueillir, on perd de vue que ces personnes doivent être exposées à l’Evangile comme toute autre », met-il en garde. Et c’est d’ailleurs à ce propos que les choses se corsent. Car comme l’évoque Catherine Moreau, à la fois mère et femme de pasteur, elle et son mari ne savent pas ce que leur fils est en mesure de comprendre en rapport avec la foi: « Peut-il s’interroger sur l’existence de Dieu? A-t-il la notion du bien et du mal? Comment lui parler du sacrifice de Jésus sur la croix pour nos fautes puisqu’il se met à crier à la simple évocation d’une « mort »? »

Pour Catherine, une chose est certaine: « Dieu est un expert en communication et l’antithèse de la triade autistique (troubles de la communication, des interactions sociales et des comportements). Donc quand bien même nous aurions l’impression de ne pas parvenir à communiquer le message de Dieu aux personnes autistes, ayons confiance que Dieu le peut. »

Une place à part entière

Bien qu’on sache qu’une personne autiste est « une créature merveilleuse » (Ps. 139, 14), on oublie qu’elle a pleinement sa place. Marise raconte comment un « marginal » a participé un jour au repas dans son Eglise. Un autiste non-verbal s’est assis à côté de lui et a commencé à imiter des cris d’animaux. « Le visiteur s’est pris au jeu pendant une demi-heure, et a ensuite confié en larmes qu’il avait été profondément touché de l’amour de Dieu manifesté par cette jeune personne », confie Marise, encore émue.

Pour reprendre un verset cher au cœur de Grant Macaskill, Dieu n’aurait-il pas dans cette situation de nouveau « choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes » (1 Cor. 1, 27)? Et si ce jeune autiste n’avait pas été le bienvenu dans cette Eglise?

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Un film de sensibilisation

La vidéo « Créer des choses merveilleuses » est en libre accès sur le web. En cinq minutes, cette vidéo permet de s’initier à la façon dont les personnes atteintes de TSA peuvent percevoir leur environnement. Utile comme point de départ pour un public non-averti.

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