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Dieu dans ma roulotte

Claire est tzigane. Illettrée, elle a tout appris à l’école de la vie, y compris sa relation avec Dieu

Elle vit sur un terrain où s’alignent, à perte de vue, caravanes et camions. Illettrée, comme ses soeurs de voyage, Claire n’a reçu d’autre éducation que celle de la vie. Lorsqu’on lui demande son âge, elle s’exclame : «J’étais grand-mère à trente-trois ans !». Claire ne s’appesantit pas sur des «futilités». Vivre sur les chemins est un défi. Enfant, elle a assimilé les priorités de la vie nomade : trouver un emplacement et se faire accepter. «Il faut prouver en permanence qu’on est fréquentable. pour une femme non instruite, c’est le parcours du combattant !», commente Claire.

L’oralité en héritage
Alors, elle n’a de cesse de se remémorer les conseils de ses aînées. Car Claire a reçu une éducation exclusivement orale. Sa moralité, elle la tient des passages
bibliques récités par sa mère pendant les tâches ménagères. Mais comment assume-t-on sa vie de femme chez les tziganes ? Elle explique : «D’après la Bible,
une fille sait ce qu’elle a le droit de faire. J’ai toujours suivi ces principes». Mariée à dix-sept ans, elle a eu douze enfants et revient sur sa maternité : «J’ai vu mes voisines et mes soeurs se marier. Les choses se comprennent. On voit ce qui se passe dans les caravanes d’à côté puis les enfants qui grandissent. Entendre et voir est le plus important pour une tzigane».
–CREDIT–
Le cliché d’esmeralda
Claire évoque son couple : «On n’avait pas le même patois. Nous nous sommes accordés malgré nos différences. Nous avons fondé une famille de 52 enfants et petits-enfants, tous chrétiens». Claire reste souvent dans sa caravane, porte ouverte, prête à accueillir le visiteur. Il lui arrive même de dresser des couverts supplémentaires sans savoir si quelqu’un se présentera. Étrangement, le principe semble fonctionner. «L’hospitalité d’Abraham» est une image biblique qu’elle aime
illustrer : «quand une femme n’a ni le matériel, ni l’éducation, il lui reste encore la plus grande part : le spirituel. L’hospitalité est ancrée chez la tzigane. C’est notre façon de convaincre les étrangers que nous sommes honnêtes». Intuitive plus
que «voyante» donc, Claire aime la campagne et les chemins bordés de ruisseaux, mais ne supporte plus l’image de la gitane transmise par les films, celle d’une femme mince à la longue chevelure «dansant pieds nus autour des flammes». S’appliquant à défaire cette imagerie, elle enchaîne : «On assimile les femmes tziganes à des voleuses, mais passe encore si elles sont jolies et sensuelles !»

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Apprendre à réaliser ses rêves
Depuis deux ans, Claire a cessé de garder les enfants des autres pour réaliser son rêve : faire le tour du monde. Avec une vingtaine de pays visités, elle a toujours su que son souhait se réaliserait : «Je ne suis pas instruite, mais j’ai appris de la vie que tout vient en son heure». À la dernière question que je lui pose : «qu’auriez-vous fait de votre vie si vous aviez été, comme de rares tziganes, sédentaire
et diplômée ?», elle répond : «la même chose, la vraie capacité des femmes tziganes, c’est d’aimer Dieu et de donner la vie».

SpirituElles

Article tiré du numéro SpirituElles – Décembre 2007 à Février 2008

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